Moorea

Plus de 3 ans sur Tahiti : Bilan

Voilà, pour nous c’est la fin (c’est là qu’il faut sortir le mouchoir, aller soyons fous et égocentriques, LES mouchoirS). J-12 avant la fin de mission du Mâle. J-1 mois avant le grand et définitif départ (c’est maintenant hein qu’il faut essuyer ta petite larme sur le coin de ton oeil, siiiiiiiiiiiii c’est maintenant j’te dis !). 3 ans 1/2 à Tahiti, c’est pas rien quand même. Alors c’est quoi le bilan de mon aventure ici  ?

Niveau intégration

La Polynésie a une particularité. Il y a ÉNORMÉMENT de gens de passage. Certainement plus qu’ailleurs. Comme moi. Qui reste un temps. Comme toi peut être. Et ça, ça change pas mal de choses. Car du coup, il n’y a pas vraiment d’engagement des locaux. Locaux qui se divisent en plusieurs groupes de personnes :

  • les locaux natifs
  • les locaux popa’a qui sont là depuis des dizaines d’année (pendant l’age d’or)
  • les nouveaux expats popa’a qui s’installent définitivement, ou en tout cas, pour plus longtemps que 2 et 4 ans…
  • les expats d’un temps

En général tout ce petit monde là ne se mélange pas. J’en parlerai plus longuement dans un autre article.

ça sera mon petit regret. Ne pas m’être plus mélangée avec les tahitiens. En grande partie ma faute très certainement. Mais force est de constater que c’est comme ça pour la grande majorité des popa’a. Chacun avec son petit groupe respectif. Même les nouveaux expats longue durée n’ont pas très envie de se mélanger avec les expats d’un temps. C’est dur de voir partir les gens… Une amie (expat longue durée) m’a dit un jour “c’est la dernière fois que je m’attache à quelqu’un qui part” -bisous ma biche, je sais que tu me lis-

Ceci explique certainement cela. Dommage c’est sur. On reste souvent “entre nous”. Ce qui fait que la vie “à la locale” (s’il existe une vie “à la locale” – beaucoup de choses à dire aussi sur ce sujet), on l’expérimente en weekend, quand on part dans les îles, en pension… Bilan : l’intégration locale n’a pas été pour nous au top de ce qu’on aurait aimer.

Niveau activité

Pas mal de choses tournant essentiellement autour des activités nautiques, toutes payantes bien sûr ou alors il faut investir dans son matos (normal me direz vous) ou faire la crêpe et du snorkeling. Pour le reste c’est un peu plus compliqué. On peut trouver tous types de sport essentiellement entre Mahina et Punaauia.  Ailleurs, le choix est quasi inexistant. Et globalement il y a peu d’endroit public pour en faire.

Egalement très peu d’endroits pour se balader ou faire des pique-niques. Peu d’endroits sur le plan culturel. Personnellement je trouve qu’il n’a pas grand chose à faire, et ce qu’il y a à faire on tourne vite en rond. J’ai des tendinites qui m’empêche de faire du sport et en dehors du sport, c’est un peu vide. De plus, ayant un enfant en bas-age, il n’y aucune activité pour lui et donc pour nous. ça se résume à aller voir les chèvres au belvédère et le parc de jeux d’enfants à Paofai. En fait je m’ennuie assez ici. Alors oui y’a les plages. Honnetement je suis pas une grande fan de pk18 que je trouve pas terrible. J’aime bien la plage de la pointe venus mais c’est assez loin (oui la relation au nombre de km et du temps passé en voiture n’est plus la même qu’en métropole !) et faire du snorkeling tous les weekends à se faire griller au soleil, bon c’est super au début et après la plage… bin on y va pas si souvent. Et pourtant, je sais pertinemment qu’il faut en profiter

 

surf tahiti

Il y a de plus en plus d’évènements qui se font à Papeete (et uniquement à Papeete…), sportifs très souvent, qqes cinémas en pleine air à Paofai, beaucoup de soirées sont organisées. Mais bon voir des ado pré-pubères se déshydrater de hinano en se déhanchant le fessier devant d’autres ados pré-pubères, mes rides pointant son nez (je rassure la populasse je n’en ai que très peu hein^^) j’ai un peu passé l’age (meme si je suis trèèèèèès proche de 20 ans – ça se voit que je mens là ???).

Et après c’est là que rentre en scène l’amitié. Ce sentiment bienveillant qui fait que vos amis préférés, particulièrement à Tahiti, ont des bateaux, jetski, villa/piscine… :). Très peu pour moi merci. Naaaan en fait j’ai juste pas trouvé d’amis qui avaient tout ça. Sinon j’en aurais graaaaaaave profiter, tu penses !!  j’ai pas connu les bonnes personnes quoi (coucou mes amis 😀 )

C’est génial pour les vacances mais plus de 3 ans ce fut un peu long pour moi, surtout enceinte et avec un bébé. Y’a bien sûr des avantages à être ici pendant cette période, mais y’a peu de choses à faire.

Niveau travail

Alors là c’est LE GROS point noir, et surtout probablement LE sujet qui fait que je suis contente de retourner en France. Je me fais peut être des illusions mais ici ce fut un tantinet une galère.

Je ne suis pas carriériste, mais j’ai plus de 35 ans (chuuuuuut) et j’avais envie de challenge et de beaux projets, comme les boulots que j’avais à Paris. C’est clairement le mauvais endroit. Je n’ai trouvé que chaos et magouilles. Bon j’exagère un peu, tout n’est pas comme ça, mais en grande partie ça l’est. Le monde du travail est à des milliards d’années lumière de ce qu’il se passe en métropole, à notre échelle en tout cas.

J’ai fait 3 entreprises en 3 ans 1/2.

  • La première a été le chaos. Je ne comprenais pas comment mon boss pouvait faire de l’argent avec une telle organisation et un tel manque de rigueur, mais bon on rogne pas sur la marge quand meme ! On a tout remis à plat en 6 mois. Et après ? bin après je m’ennuyais, pas d’argent pour de nouveaux projets. Et d’ailleurs pourquoi faire ? y’a peu de concurrents. Bon… next.
  • Après 8 mois à chercher un boulot qui me motivait, j’en trouve un dans mon domaine. Mais à Tahiti faut faire 10 métiers différents car petit marché, peu de concurrence, peu de budget. Alors on s’adapte. On s’improvise un autre métier, faut être polyvalent quand en Métropole faut être spécialiste. On fait aussi bien le responsable que le stagiaire. Boulot sympa mais pas très challenging.
  • Et puis on vient me chercher pour monter une boite. Super projet ! super challenge ! super boss ! bref je suis aux anges. Sauf que ma boss s’était associée à l’un des plus gros magouilleur de la Polynésie. Là on voit l’envers du décors. Pas mieux qu’en Métropole certainement. sauf que là je le touche du doigt. La magouille est toujours là près de vous. Où que vous soyez. c’est bien plus près que vous ne le pensez. Et c’est pas joli joli. ça s’est mal fini. Et même l’inspection du travail m’a dit qu’il ne pouvait rien faire contre lui. Oui, les gens sont intouchables ici.

Pour travailler ici et s’y sentir bien, il faut un peu de chance, beaucoup de motivation, des relations !, et je pense honnêtement qu’il faut pas être très regardant sur le boulot qu’on fait, sinon on trouvera rien. Faut s’adapter, faire des petits boulots, être prêt à redescendre en bas de l’échelle. L’ego en prend un coup parfois.

L’idéal quand on est dans le privé c’est de monter son projet, monter une patente et d’avoir un conjoint qui a déjà un travail 🙂

Malgré tout, toutes mes expériences ont été positives mais ça manquait énormément de perspectives, de dynamisme, de professionnalisme pour moi. J’avoue que j’ai eu du mal à m’adapter à la coolitude du travail ici. C’est pas pour moi. Pas maintenant en tout cas. Je reviendrai quand j’aurai 50 ans 😀

 

Niveau cadre de vie

Bon ba là, y’a rien à dire. Passer de 35 m² à 2 (+ le chat) en banlieue parisienne à une maison avec une vue à faire pâlir F. Fillon n’importe qui, ça n’a pas de prix. (enfin si quand même un pti peu beaucoup…) mais le cadre de vie est juste magnifique, c’est tellement agréable. Bien sûr oublie le lagon bleu turquoise et sable blanc à perte de vue hein. ça c’est que pour l’office de tourisme. Partout où tu vas tu vois la mer, les cocotiers, la montagne, le ciel bleu et le soleil. On entend même les cigales parfois !! ça change des autoroutes, des champs, des centres commerciaux… Une zénitude ambiante qui te fait vraiment du bien et dont on a réellement besoin pour notre petite santé et notre mental, même si parfois  souvent, t’as envie de les bouger un peu de faire un meuuuuuurtre ouiiiii !!!!!!!!!!!!  oui parce que des fois, ça te rend pas très zen en fait… mais ça te fait travailler ton rythme cardiaque ;), et ça c’est déjà pas mal.

mataiva

Pour la plupart des gens, si ce n’est l’immense majorité, le ratio vie privée/vie pro est plutôt agréable voire très agréable selon les métiers. On a l’impression d’avoir plus du temps pour soi.  Le grand luxe !

Quant aux bouchons il y en a, mais globalement ça roule plutôt bien. Lentement, mais plutôt bien, quand on évite les heures de pointes bien sûr.

Non honnêtement, c’est une vie très agréable dans son ensemble par l’environnement mais aussi et SURTOUT (car l’environnement on peut très bien trouver des coins très sympathiques en métropole) l’ambiance qui règne ici. On se sent bien. En sécurité.

  • On ne risque pas de se prendre une mandale si on n’a pas de cigarette. D’ailleurs personne vous en demande. 
  • On ne vous crache pas au visage si on ne répond pas à “weshhhh mad’moizelle, t’as pas un n° ?”. D’ailleurs personne vous emmerde dans la rue. (Et puis de toute façon ici on dit “vini” 🙂 ).
  • On ne vous regarde pas de la tête au pied si on est mal habillé. D’ailleurs tout le monde est mal habillé. On s’en fout.
  • On ne critique pas sans arrêt sur tel ou tel sujet, pour tout et n’importe quoi, toujours et tout le temps. Bien sûr y’a des polémiques comme partout. Mais rien à voir avec le jugement des gens de Métropole qui font toujours mieux que les autres, qui savent toujours mieux que les autres, qui méprisent et jalousent les autres et qui ne regardent pas ce qu’il se passe chez eux. Dans l’ensemble ici, les gens sont solidaires et compatissent au lieu de critiquer et d’enfoncer son voisin.

Je ne m’en rendais pas tellement compte avant, quand j’étais dedans. Mais vu d’ici et avec un peu de recul, en lisant les actus et les commentaires de Métropole, ça me frappe. Très fort. C’est un peu comme si tout me semblait malveillant là bas. Les gens, les medias, la TV, le commerce, les politiques… Une sorte de spirale infernale qui te bouffe petit à petit. Et il faut une sacrée dose de recul pour en faire abstraction et vivre au pays des bisounours dans une ambiance “saine”. Et trèèèèèèès loin de moi l’idée de dire que la Polynésie est saine^^ mais elle a le mérite d’avoir de l’humanité.

Non honnêtement, c’est une vie très agréable et c’est ça que j’aime en Polynésie et qui va me manquer.

Mon bilan

3 ans 1/2 c’est très largement suffisant pour moi. J’ai hâte de rentrer, ou plutôt de partir même si je sais que je vais surement regretter un peu la Polynésie une fois en Métropole. Nouvelle aventure, nouvelles perspectives, nouvel environnement, nouvelle recherche de boulot – et ça, ça va pas être une partie de plaisir. Je suis quand même contente que cette page se tourne et qu’une nouvelle s’écrive.

Je sais, c’est un bilan plutôt mitigé. C’est un bilan que beaucoup de gens de Métropole n’ont pas envie d’entendre. Parce qu’ils veulent rêver. Parce que c’est génial le soleil et les cocotiers. Parce que les gens ont la réputation d’être gentil alors qu’en Métropole c’est pas très fun, surtout en ce moment. Parce que les reportages à la TV ça donne troooop envie ! Alors on a forcément de la chance.

Oui. On a de la chance. Le cadre est top, les paysages magnifiques. Oui. On est conscient que des milliers, des millions de personnes aimeraient être à notre place. Mais c’est pas toujours si simple et c’est pas toujours si simple de dire que c’est pas toujours si simple (j’viens de vous perdre là, non ?? )

Pour moi, ça reste une belle expérience, une expérience parfois très dure aussi. ça n’a pas toujours été facile de tout lâcher et d’être celle “qui suit”. Beaucoup de doutes, beaucoup de remises en question. Mais aussi des problèmes perso pas toujours faciles à gérer depuis Tahiti. ça m’est arrivé d’avoir eu envie de rentrer. Parce que j’en avais marre d’être ici. Parce que je n’arrivais pas à avoir ce que je voulais – entre autre, le boulot de mes rêves. Frustrations totales. Merci à mon Mâle préféré de m’avoir soutenue dans les moments difficiles. Parce qu’il y en a eu. Beaucoup. (sors les violons, et le mouchoir maintenant ;). propre le mouchoir hein^^, réutilise pas celui de tout à l’heure ! sensé être totalement imbibé de larmes de tristesse – petit rappel – soit triste stp)

Mais il y a eu tellement de bons et beaux moments. J’ai eu la chance de pouvoir voyager dans toutes les archipels (sauf les Gambiers. mon regret) et avoir vu beaucoup d’îles absolument magnifiques. D’être partie en Nouvelle-Zélande et bientôt l’île de Pâques. Faire des expériences incroyables comme caresser des raies pastenagues, nager avec les raies manta ou les baleines. Plonger avec les requins. Pêcher. Faire du paddle dans les lagons transparents. Voir les dauphins et faire des observations pour l’association. Faire de chouettes randos comme la Fautaua par exemple. Faire du jetski (merci les zamis :), faire du bateau et se faire bercer par les vagues, voir tous les jours depuis chez moi probablement le plus beau des tableaux du monde : Moorea, la mer et le lagon,  avoir été à l’église (eh oui !), rencontrer des polynésiens au coeur sur la main, rencontrer des sourires et une culture si différente de la notre, rencontrer des supers personnes que je n’aurai jamais rencontrées autrement. Et bien sûr avoir eu mon fils né sur cet île et dont le lien est désormais immuable. Il faut vivre toutes les expériences quelles qu’elles soient et en retenir que le positif. ça rend plus fort. Découvrir, s’ouvrir et vivre tout simplement.

«Voyager, c’est grandir. C’est la grande aventure. Celle qui laisse des traces dans l’âme»
Marc Thiercelin

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