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Témoignage de Sara : “Tahiti m’a permis de me rencontrer….”

Petite présentation : tu viens d’où, t’as quel âge et depuis combien de temps tu es là ? où habites tu ? as-tu une Porsche et si oui donne-moi ton n°

D’où je viens ? Euh… je suis une enfant du monde 😉 De Côte d’Ivoire, puis de Lyon… J’ai 36 ans, et je suis là depuis un  an et demi. J’habite à Papeete, et de la marque Porsche je ne connais que la concession devant laquelle je passe tous les matins 😉 Mais je te donne mon numéro avec plaisir !

Comment as-tu atterri ici (à part en avion…) et pourquoi ?

Je suis née et ai vécu les 18 premières années de ma vie en Afrique. Alors quand je suis arrivée en France cela a été un choc. Quand je suis venue rendre visite à des amis ici il y a dix ans, je me suis sentie de nouveau comme « à la maison ». J’ai nourri le projet de venir vivre ici pendant ces dix années. Et quand mon compagnon a préféré prendre son chemin seul de son côté, tout s’est précipité. J’ai trouvé un emploi ici, ai fait mes valises sans réfléchir et j’ai tout quitté. Une bonne façon de passer à autre chose… n’est-ce pas ?

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Où loges tu et comment as-tu fais pour te loger quand tu es arrivé ?

Je loue un F2 à Papeete. Je l’ai trouvé en location un mois après mon arrivée sur le Fenua. Pendant le mois de recherche j’ai été logée par une famille locale qui est devenue un peu ma famille faamu, et j’avoue que cela m’avait fait un bien fou d’être entourée pour faire la transition. J’ai eu le temps de visiter et rechercher les logements, et de préparer administrativement mon installation (compte bancaire, etc). Et puis c’est une chance terrible de vivre à la locale tout de suite. Bien entourée, bien cocoonée pour ce premier mois… c’était tout ce dont j’avais besoin.

Travailles-tu ? si oui dans quel domaine ?

Je travaille en tant que chef de projet dans une société de prestations de services informatiques locale, à Papeete. Je fais aussi pas mal de « moulti-tâches » ;-)… Ici, la polyvalence est extrêmement importante, contrairement à la métropole, où l’on doit être spécialisé et expert dans un domaine.

Combien de temps as-tu mis pour trouver du travail et comment as-tu trouvé/tes démarches pour ton projet ?

Comme je te l’ai indiqué juste avant, j’ai eu la chance d’obtenir mon travail avant de débarquer. J’ai attendu dix années patiemment pour faire le grand saut. Etant seule, c’aurait été plus de l’inconscience que de l’aventure de partir seule sans boulot à la clé ;-). Je connaissais déjà un peu la vie sur place, et surtout son coût. Alors venir ici en vacances, ou pour y vivre, ce n’est radicalement pas la même chose. Je ne pouvais compter que sur moi.

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Quel est ton parcours pro avant d’arriver et quel a été ton parcours sur le fenua ?

J’ai un historique d’administratrice systèmes, puis coordinatrice technique, puis superviseur technique, etc. Aujourd’hui, j’apporte une vision un peu plus globale à mon entreprise sur le fenua, dans le domaine de la prestation informatique.

Ton salaire est-il équivalent à ce que tu gagnais en France ?

Non, je gagne moins, à tous points de vue. Salaire un peu plus bas, pas de TR, pas de RTT, pas de 35h ni 37h, nous sommes aux 39h. Aucune prime, pas de 13ème mois, ni de CE et ses avantages. Aucun des avantages que j’avais en France… J’ai tout quitté pour gagner en qualité de vie. (La vraie question est donc : as-tu gagné en qualité de vie ? Joker…). Mais je ne me plains pas. Le boulot est tellement difficile à trouver ici, que je suis heureuse d’en avoir un !

Quand tu es arrivée comment s’est passé ton emménagement (déménagement, douane, valise ? container ? )

Je suis arrivée avec 3 valises. Une contenait mes habits d’été Français. Une contenait mon matériel photo. Et la dernière, mon matériel informatique. Je suis sortie de l’aéroport avec tout cela, accueillie par mon amie qui allait me loger pendant mon premier mois. Ces valises symbolisaient finalement le résumé de ma vie à 35 ans. Quand je les regardais, je souriais, puis je pleurais, car c’est tout ce qui me restait de moi, de ma vie d’avant. On dit toujours que pour bien reconstruire sa nouvelle vie, il faut tout effacer et recommencer, et on espère souvent pouvoir faire cela. Là c’était le cas. Ce n’est pourtant pas si simple.

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As-tu amené un animal ? si oui comment ça s’est passé et comment l’a-t-il vécu ? quel coût ?

J’ai dû me séparer de mon chat, avant d’arriver ici. Trop vieux, je ne voulais pas qu’il souffre du voyage et de la quarantaine, cela aurait été totalement égoïste de ma part. J’ai préféré le confier à mon ex. Cela dit deux mois après mon arrivée, deux chatons m’ont adoptée, je n’ai pas tenu longtemps… 😉

As-tu importé ta voiture ? si oui pourquoi avoir choisi de l’importer ? quel coût ?

Non cela ne valait pas la peine. Mes parents ont vendu ma Clio en France pendant que je m’installais ici. Et l’argent a servi à mon installation. Autant dire que ce n’est pas elle qui m’a permis de m’acheter une voiture plus vieille qu’elle ici… Elle a certainement servi à payer les roues seulement ?! J

Comment te déplaces tu ? voiture ? scooter ? vélo ? et comment fait ton conjoint (si tu en as un hein^^, veux pas casser ton moral)

Voiture pour les trajets maison-boulot, et à pied pour me défouler ;-). Pas de compagnon, snif. T’as une corde ? 😉

As-tu des enfants ? combien ? quel age ?

Pas d’enfant pour le moment. Alors elle vient cette corde ? :p

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Penses tu qu’il y ait du racisme envers les métros ? si oui explique

Je ne pense pas que l’on puisse parler de racisme. Accueillants et chaleureux, les Polynésiens sont pourtant très difficiles à « apprivoiser » quand on veut aller plus loin que la connaissance. Une vie de famille, chacun chez soi, et il faut montrer patte blanche pour être invité dans les familles. J’ai la chance d’avoir vécu avec des familles polynésiennes en arrivant ici, donc je comprends cette gêne. Les popa’as arrivent ici pour des missions à durée déterminée. Ils gagnent en général bien leur vie, touchent des primes, voient la Polynésie comme un grand terrain de jeux, et puis repartent, gavés d’images de bleu turquoise, de vagues, de poissons colorés. Beaucoup de Polynésiens n’ont pas la chance de voir leur fenua de cette façon. Donc oui je pense qu’il y a quand même un grand fossé entre les métros et les polynésiens. Chacun n’a pas les mêmes attentes. Quand le polynésien va pêcher pour manger, le popa’a va pêcher ou explorer les fonds marins pour son loisir. Bien évidemment, je ne mets pas tout le monde dans le même panier. Désolée si mes propos peuvent choquer, mais c’est une réalité dont il faut parler et que je vis tous les jours.

Comment s’est passé ton intégration ?

A la « surface », mon intégration s’est très bien passée. Avec les amis de mes amis polynésiens, aucun souci. On se fait vite un réseau, on se croise en faisant les courses, c’est petit ici. Au boulot un peu moins, mais cela n’est pas dû au fait que je sois une métropolitaine. C’est plus parce que j’ai un poste qui ne ressemble à aucun dans l’entreprise, et la gestion de projet reste nébuleuse, donc parfois certains se demandent encore ce que je fais là.
Si on gratte un peu plus la surface, je reste relativement seule. Même si j’ai une famille de cœur qui s’agrandit tranquillement chaque jour.

As-tu eu des difficultés pour te faire un réseau ?

Ici, tout le monde se connait. Dans le travail tout le monde sait qui fait quoi, qui a racheté quoi, qui se lance dans tel ou tel business. Il est moins difficile de se faire un réseau pro qu’un réseau amical ici. Mais attention à ce que l’on dit, où ce que l’on fait, car tout se sait très très vite ! Et on peut vite mélanger pro et perso.

Quelles activités fais-tu ici ?

Je m’adonne à ma passion première, la photographie. Liberté totale, qui ne me coûte rien (enfin, en dehors du matos, évidemment), je traine mes guêtres sur Tahiti, à la recherche de la petite image qui me fera voyager. Donc beaucoup de balades en nature, tant que cela reste accessible à mon corps de déesse…
J’ai également participé à quelques associations notamment pour lutter contre l’illettrisme dans certaines communes de Tahiti.

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Que penses-tu des tahitiens ?

Je vais reprendre ce que tout le monde dit en général : souriants, et chaleureux. Ils ne se prennent pas la tête. Cela dit, les tahitiens pour ma part ne sont pas forcément représentatifs de la Polynésie toute entière. Issus pour la majorité du métissage, et vivant à l’occidentale, ils ne sont pas plus différents que les métropolitains. Ils prennent juste un peu plus le temps. Par contre, pour nouer des liens plus serrés avec eux, à part les familles que je connais déjà, je rame beaucoup. Ça tombe bien, c’est une spécialité locale, le va’a non ? 😉

Que penses-tu de la vie sur une île ?

J’ai pu constater qu’il y a une forte concentration de personnes qui souffrent de bipolarité ici. Et je suis persuadée que le fait de vivre sur une île influence fortement cet état. Moi-même, à plus petite échelle, je suis capable de passer de la joie euphorique aux larmes les plus dépressives qui soient. On se sent vite emprisonné, on fait vite le tour. Je pense que je pourrais apprécier la vie sur cette île si je pouvais m’en échapper régulièrement. Mais il faudrait avoir de sacrés moyens pour s’autoriser cela.

On dit que la vie est chère ici, qu’en penses tu ? et es tu satisfaite de ton niveau de vie par rapport à ce que tu envisageais avant d’arriver ?

Sincèrement ? Je ne m’en sors pas. Et ce n’est pas faute de faire attention à tout, de ne pas manger de choses extraordinaires, de rester local le plus possible.

Je pense qu’en couple, débarquer ici est certainement plus abordable, si les deux bossent, ou si l’un des deux à un salaire confortable, avec les primes en bonus.
J’ai accepté de gagner moins qu’en France car je souhaitais gagner en qualité de vie avant tout, en débarquant ici, me retrouver, réfléchir, et lâcher-prise. Le fait de ne pas payer d’impôts pour l’instant je n’en vois pas l’avantage, car je me retrouve tous les mois à me demander comment je vais arriver à payer mes factures. Je ne fais pourtant aucune sortie, ni extra qui me couterait cher. Le seul luxe que je m’octroie c’est ma connexion internet, qui me permet de garder le contact avec ma famille. J’ai tenté de travailler en plus, en dépannant des ordinateurs chez les particuliers, mais je pense qu’ici, à part vendre de la bouffe, rien ne paye vraiment en boulot d’appoint. L’estomac est la valeur sûre ici. Il a toujours besoin d’être rempli, à n’importe quelle heure. Gâteaux, sashimis, tout y passe. Pour financer le voyage du petit dernier en NZ, pour payer l’école, on lève des fonds en vendant à manger ! Et perso, je n’ai pas le temps de me faire à manger pour moi, alors le faire à grande échelle pour vendre encore moins ! 😉

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As-tu eu l’occasion de voyager ? qu’as-tu préféré ?

Dans les îles ? Pour mon anniversaire ma famille a cotisé pour m’offrir un week-end à Fakarava en promotion. Cela a été une parenthèse exquise, même si les conditions météo sur place ont été catastrophiques. J’ai adoré discuter avec les jeunes rassemblés le dimanche matin au port, pendant que les aînés étaient à la messe. Ils pêchaient l’aiguillette, avec une technique particulière des tuams. J’ai pu voir les conditions de vie sur un atoll des Tuamotu. Récolter l’eau de pluie et économiser l’eau douce, la simplicité des gens qui y vivent, les portes des maisons sont ouvertes, on y vit de la même façon qu’à l’extérieur.

Quel regard as-tu sur la France et les français depuis que tu es ici ?

J’ai passé 17 ans de ma vie en France, en me répétant chaque jour que je détestais ce pays, et l’aigreur de ses habitants. Jamais contents, toujours en train de râler, de se mettre en grève, de réclamer des indemnités, etc.
Mais depuis que je suis ici, mon aigreur est partie. La crotte que j’avais dans les yeux a disparu également. Peu importe comment les autres voient la France et les Français, puisque c’est une perception totalement personnelle, en fonction de ton état du moment. Je n’ai jamais été heureuse en France. Et ce n’est que depuis que j’en suis partie que j’ai trouvé beaucoup de bonnes choses, que je regrette évidemment. J’aurais dû en profiter bien avant : la bonne bouffe, les paysages qui changent dès qu’on fait un peu de kilomètres, les différentes régions et leur histoire, leurs coutumes, la modernité, l’accessibilité des choses, le coût de la vie, la facilité de nouer des relations… Bref… beaucoup de choses. Je n’ai qu’une envie en rentrant en métropole : réunir mes amis, et boire un coup à point d’heure, refaire le monde, et manger du fromage!!!
Donc peu importe comment moi, je vois la France et les français. C’est à chacun d’y trouver les bonnes et mauvaises choses, et de les recevoir.

Une chose est sûre : c’est que quand j’y retournerai, je ne verrai plus ce pays de la même façon. Mais parce que j’ai changé ma manière de voir les choses.

Qu’est ce que tu aimes et qu’est ce que tu n’aimes pas en Polynésie ?

J’aime :
– sa spiritualité, son mana : j’ai appris le lâcher-prise, le retour sur soi, l’humilité. Ecouter ce qui m’entoure, et observer les moindres signes. Ne rien attendre des autres. Sans pour autant oublier de partager. Se concentrer sur soi. Ça tombe bien, c’est ce que j’étais venue travailler.
– le sourire permanent malgré les coups durs
– le respect des piétons en voiture
– les paysages et les couleurs à couper le souffle
– l’insouciance et l’art du FIU (à petite dose)
– la température ambiante

Je n’aime pas :
– le FIU, et sa contagion épidémique.
– le coût exorbitant de la vie mais surtout l’abus de certains commerçants sous couvert de frais de douane, fret et autres… J’aimerai bien voir la marge que certains se font sur des produits pourtant de première nécessité.
– l’éloignement et la sensation décuplée de solitude si tu n’es pas en couple, ou en famille
– les horaires d’ouverture des magasins et administrations. Je me plaignais en France, mais ici c’est pire. Quand on travaille jusqu’à 17h, c’est foutu.
– les mecs qui roulent à 10km/h sur la seule route de l’île sur un tronçon où le dépassement est interdit. Haha !
– les personnes que tu n’as pas vues depuis l’enfance qui te prennent pour un tour operator et te contactent pour savoir s’ils peuvent venir te rendre visite, et te demander les bons plans pour voyager dans les îles (que tu ne connais pas, évidemment, vu que tu n’en as pas encore profité !)

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Sais-tu quels sont tes projets après ton passage en Polynésie ?

Il n’était pas prévu que ce soit un passage. Je souhaitais m’installer. Sans billet de retour. Je suis en CDI là où je travaille actuellement.
Mais en raison du coût de la vie, de cette sensation terrible d’éloignement, pire, d’emprisonnement, je réfléchis à rentrer en métropole. Prendre des photos, voyager, mais avoir une maison qui reste accessible quand j’ai besoin d’y retourner. En habitant ici, à moins d’avoir les moyens, en sortir, ou y revenir, c’est un salaire qui sort à chaque fois. Mais j’ai gagné une famille ici. Peu d’amis, mais ceux-là sont au chaud dans mon cœur, et je leur dois tout depuis ces derniers mois. Dans l’idéal, j’aimerai que mes projets professionnels me permettent de revenir ici quand j’en ai envie. Je sens que c’est une partie de chez moi ici, mais je sens aussi que je ne peux y rester toute une vie.

Un conseil en particulier pour les futurs expatriés ?

Bien définir son projet avant de débarquer, et ne pas imaginer que le lagon est à votre disposition sans moyens. Après chaque expérience est différente.

Personnellement je suis arrivée seule, et le plus difficile a été de nouer des liens.
J’étais quelqu’un de très sociable et social. Je me retrouve ici seule avec moi-même à ramer chaque jour pour tenter de garder les liens que j’ai créé. Très difficile. Ici même en amitié on cultive l’art du fiu. Il faut des finances pour faire des activités et rencontrer du monde. Cela dit je suis venue pour travailler sur moi, donc j’ai pris le temps de rencontrer les bonnes personnes.  J’aurai pu profiter de la superficialité de beaucoup d’amitiés ici, mais ce n’était pas mon besoin du moment, ni une envie, donc je ne m’en prends qu’à moi-même !

En couple, ou en famille, avec des économies et un bon salaire, foncez. Cela doit être une bonne expérience.

Cela dit, je suis contente de vivre cette expérience de la sorte, car cela m’a permis de rencontrer des familles de toutes îles polynésiennes, et d’entrer dans leur foyer. Même si c’est à chaque fois éphémère. De comprendre leur façon de vivre, d’aimer leurs passions, qui sont très très loin de la plongée sous-marine, du ski nautique, et du voyage à Bora Bora. Si certains ont la mer dans le sang, ils la vivent autrement. J’ai découvert leur richesse, leur histoire, leurs cicatrices.

Mais par pitié, arrêtez de penser que vivre à Tahiti c’est le paradis. Je le savais en arrivant ici, et pourtant j’ai sous-estimé l’ampleur de la misère. Peu de choix, des prix prohibitifs, même pour les produits locaux. Tous les tahitiens n’ont pas un bateau pour aller voir les dauphins sur le lagon. Alors enlevez cette image de la tête, et venez les découvrir sans penser seulement au lagon.

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© crédits photos :  Sara Fournier

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